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    November 18

    Métamorphose cégépienne

    Commençons le tout (comme si je commençais) par une question fondamentale, pourquoi l’homme agit-il ? L’homme est-il libre d’agir ? La liberté n’est-elle pas justement le pouvoir de choisir ? Choisis-t-on ce qui est bien ou mal ? Non, car à la base de nos choix, les dés des possibilités sont pipés. Nietzsche affirme que les « bonnes » valeurs prônées par tant d’homme, tel que la compassion, la miséricorde, la pitié ou même l’altruisme, ne sont en fait que des mensonges, des illusions que se bâtissent les hommes, tels de « subtiles défenses », pour se protéger, afin de sentir honorable, déresponsabilisé et en sécurité. Il qualifie l’action moralement « bonne », prise comme « acte de sympathie envers les autres », de « poltronnerie », de « déguisement intellectuel ». Nietzsche prétend que ces illusions s’exercent inconsciemment ; il donne l’exemple de l’acte de compassion qu’il affirme motivé non par des valeurs morales tel que l’altruisme ou la pitié, mais bien par un refus personnel et intérieur de sentir diminuer, lâche ou déshonorer face à nous-même ou devant les autres. Une vision semblable se retrouve dans la psychologie chez les béhavioristes et chez Skinner, ils considèrent l’homme n’agissant uniquement que de façon égoïste contre des « punitions » tels que le sentiment d’impuissance et la perte d’honneur, et non pour des « renforcements » tel que la fierté intérieure d’avoir commis un acte moralement « bon ». L’agir de l’humain est en réalité basé sur des motivations égoïstes et non sur des valeurs considérés comme morales. L’humain se ment à lui-même en croyant que la moralité est-ce qui le pousse réellement à être ce qu’il est, à agir ; le « bon » et le « mauvais » sont dictés par des principes moraux antagonistes à la nature humaine. Se serait donc de refuser sa propre nature, « détourner le regard de sa propre personne » que d’agir moralement. Nietzsche nous pousse par sa vision à prendre conscience des préjugés moraux nous entourant, c’est-à-dire qu’il encourage à prendre conscience du gouffre présent entre nos principes moraux et nos motivations réelles ou nos comportements observables. Mais pourquoi agissons-nous de la sorte ? Pourquoi ne l’admettons nous pas ?

     Pourquoi n’admettons nous pas que nous sommes des êtres naturellement immoraux ? Le mensonge est consensuellement une tare morale, et, pourtant, tous ont déjà mentis au moins une fois, le plus grand mensonge ne serait-il pas de dire que l’on n’a jamais menti. En sachant cela pourquoi dans notre société le mensonge est-il vu comme quelque chose d’immoral, de « mal ». Pourquoi n’admettons nous pas que nous sommes des êtres naturellement égoïstes et immoraux plutôt que de se réfugier dans l’idée confortable et sécurisante que nous agissons en considération de ce qui est moral ? L’homme, depuis toujours, c’est toujours doté d’un maître, que ce soit sous forme de Dieu, d’État, d’idéal utopique, ou de toute autre forme d’autorité bienfaisante, dans notre cas appelons-la : La morale. Pourquoi fait-il cela ? A t-il tant besoin de servitude ? Je tenterai de répondre en me basant sur mon premier paragraphe, où j’affirmais que l’homme agissait contre une souffrance, une « punition » ou un sentiment désagréable de manière égoïste afin de se protéger. La dernière phrase contient les deux éléments de réponse de ma question. Premièrement, l’homme se donne des maîtres, non pas parce qu’il aime la servitude, mais pour se protéger d’une trop grande liberté. Pensez-y la liberté est un fardeau, une corvée angoissante, elle amène une complexité à la vie, elle complique nos décisions, en plus elle responsabilise face à nous même l'ensemble nos actions (rappelez-vous mon dernier travail, j’avais parlé de la tendance des hommes à se déresponsabiliser), c’est donc pour cela, pour éviter les vicissitudes désagréables et stressantes de la liberté, que l’homme se construit un système moral.  Et pour accomplir cela, il devra s’endetter moralement à l’aide de valeurs tel que la servitude, l’obéissance, le devoir, etc... Et là le deuxième élément de réponse, toutes ces valeurs de remboursement, créés de toute pièce par l’homme afin d’éviter le fardeau imposant de la liberté et pour se déresponsabiliser face à lui-même, sont renforcées par une impression de paix découlant de l’accomplissement d’action morale sécurisante afin rembourser une dette morale fictive envers un créancier, tout aussi fictif, créé de toute pièce. En définitive, l’homme se crée son propre maître (une dette), duquel découle l’obligation d’obéir à un système de valeurs (remboursement), ce qui lui permet ainsi de n’être qu’un esclave heureux et apaisé, car il a l’illusion d’être en sécurité et n’est pas angoissé par sa liberté naturelle.

    Nietzsche propose à l’humain de finalement se libérer du joug de nos maîtres, de nos illusions. Il encourage les hommes à lutter contre les masques moraux que l’on s’installe devant les yeux, il affirme que l’individu se doit de passer outre sa finitude et de devenir son propre Dieu, pour ainsi créer ses propres valeurs, tel l’enfant-artiste (transmutation des valeurs) et de ne plus vivre déresponsabiliser face à soi-même et aux autres.

    M. Hébert comme vous le dites si bien ce qu’il est intéressant de réfléchir en éthique, ce n’est pas la norme morale ou la valeur de cette norme, mais bien l’évident gouffre entre nos valeurs morales et nos comportements réels. Pourquoi élevons-nous des principes moraux que nous ne respectons pas ? D’où origine cette inconsciente volonté de s’auto-limiter, cette finitude inhérente à la condition humaine. Pourquoi acceptons - nous de préserver ces principes utopiques, et même de juger à partir de ces principes que nous savons non-naturels. Ne serais-ce pas justement l'ultime objectif de l'humanité que de s’élever au-dessus de notre animalité, de notre condition humaine, que vouloir être autre chose que ce que nous sommes, que de vouloir « détourner le regard de notre propre personne ». Ces principes moraux ne seraient-ils justement pas là pour permettre, tel des êtres sociaux, aux humains de vivre en société, hors du chaos et de l’anarchie? Ces mensonges, ces illusions ne rendent-ils pas la vie supportable, ne rendrent-ils pas possible nos rapports sociaux. Camus ne prônait-il pas l’acceptation de notre finitude, pourquoi ne pas se résigner à la servitude, tout en étant conscient de nos illusions, si les préserver nous permet de vivre une existence paisible et agréable, en ayant le sentiment d’être en sécurité entouré d’individu appréciant notre savoir-vivre. La paix des hommes et leur bonheur, n’est-il pas plus importante que leur liberté ?

    November 06

    Cioran et la mécanique du doute

    Cette prise de conscience de la nature de l’homme, ce doute, caractéristique de la modernité, est si encré en Cioran que son ton en est affecté. Et ce paradoxe trouve son explication dans l’analyse de son ironie comme influençant sa vision du monde. Cioran est si sceptique, si cynique face aux idées qu’il effectue un retour de sa pensée sur ses propres écrits. Il ne peut croire au simple lyrisme, il ne peut se limiter à être poète, car cette mécanique du doute s’inscrit même sur ce qu’il pense et écrit. Il ne peut se satisfaire d’un simple approfondissement de sa subjectivité « Plus encore que dans le poème, c’est dans l’aphorisme que le mot est dieu » (Écartèlement, p.163) Il lui faut utiliser l’aphorisme ironique, ce que Bollon appelle des vérités sous réserves. Car, Cioran se distancie de ses propres écrits par son ironie. Par le principe de l’ironie, il tord le sens de ses convictions y installe son propre doute, en fait des demi-convictions. D’accord, sur une autre page on trouve un fragment contraire au précédent, mais ce n’est que par ce réseau de fragments, transpositions de moments particuliers, que la « vérité » peut être transmise par le langage, des instants, des moments contradictoires, en effet, mais la vie elle-même est contradictoire. Car « revigorer les mots, leur infuser une vie nouvelle suppose un fanatisme, une obnubilation hors ligne : inventer-poétiquement – c’est être un complice et un fervent du verbe, un faux nihiliste : toute démiurgie verbale se développe aux dépens de la lucidité… » (La tentation d’exister, p.204/205) Encore cette volonté de lucidité ontologique, qui vient marteler à répétition son discours, qui s’immisce derrière chaque aphorisme et qui révèle une personnalité si marquée par le doute qu’il ne peut que refléter un aspect inévitable de la prise de conscience de la modernité, la volonté systématique de détruire les illusions idéologiques et sociales qui nous entourent et qui entraînent l’humain à s’entretuer pour des idées. La difficulté d’écrire vient du fait qu’on se doit de s’extirper de la doxa, sans en créer une nouvelle. De là, le doute s’impose en tant que seule réponse et alternative possible.

    Le doute est-il nécessairement source de désespoir ? L’après deuxième guerre mondiale est marqué par trois grandes réactions : un optimiste illusoire, un retour au religieux et un pessimiste désespérant. Cioran, subira ce déchirement entre la religion et la lucidité. Il explique ce refus de la religion : « C’est par peur de souffrir que nous nous évertuons à abolir la réalité. Nos efforts couronnés, cette abolition même se révèle source de souffrances. » Cioran n’imagine qu’une seule alternative au désespoir de cette lucidité : la frivolité. Le désespoir marquant la post-modernité serait donc une conséquence inévitable de cette prise de conscience. Adorno ne disait-il pas que l’objectif de l’art était d’exprimer la souffrance humaine. L’homme sceptique doute, par son doute il devient lucide. Malheureusement, ce mécanisme de lucidité, lui refuse tout autre alternative illusoires plus douce, et il ne peut donc que souffrir. Selon Cioran ce processus est irréversible, il mène irrémédiablement à un malaise de l’existence. Car une application systématique du doute évite constamment à l’homme de recréer de nouvelles idéologies afin de combler le vide, l’absurdité du monde dans lequel il vit.

    Cioran prône l’inaction parce qu’il sait que l’homme peut le pire, inévitablement, mais pourquoi pas l’in-pensée ou l'a-raison, si la lucidité est si souffrante ?

    October 11

    Contingence et Finitude

    Ces constatations kantiennes des limites de la capacité rationnelle et empirique de connaissance du monde forment, à mon avis, le point de départ du courant que l’on pourrait appeler idéaliste, en opposition au naturalisme des sciences, qui évoluera et donnera les fondements réflexifs des philosophies transformatives, herméneutique et phénoménologique, en passant par Fichte, Dilthey, Schopenhauer, Nietzsche, Husserl, Heidegger et Gadamer. Les « Geisteswissenschaften », développé par Dilthey, peuvent être vu comme une surenchère du criticisme kantien, en établissant la finitude historique de nos capacités conceptuelles, en développant un cadre compréhensif des limites historiques des catégories a priori de l’entendement. La notion de conscience historique est un symptôme de plus de l’amorce profondément moderne de cette rétroaction de la raison sur elle-même.

     

    J’identifie donc le développement de l’idéalisme, en tant que moment où l’homme en réfléchissant rétroactivement à propos de ses mécanismes de connaissances de manière rationnelle et logique amorce réellement l’étude de la connaissance en tant que représentation du monde et donc comme produit humain[1] fini et contingent. Ce mouvement réflexif de la raison sur elle-même poussé plus loin met en évidence l’importance des processus de symbolisation dans l’acquisition de connaissances. Ce qui débloquera avec Humboldt en ce que l’on peut apparenter au « linguistic turn ». Cependant, à partir du moment où la raison comme source de savoir amorce une dynamique réflexive où elle commence à s’analyser elle-même, que ce soit d’un point de vue psychologique, philosophique, historique, anthropologique, sociologique, communicationnel ou biologique s’ensuit inévitablement une prise de conscience radicale des ses propres limites, la finitude et la contingence. Car, lorsque l’on prend conscience de l’aspect profondément subjectif de notre connaissance du monde, et que l’on commence à identifier les éléments purement symboliques permettant cette connaissance, par le fait même, on est directement confronté à la contingence de cette dernière. D’où la thèse de Quine du solipsisme, où l’on est confronté au caractère particulier de sa perspective, d’où l’idée même de  vision du monde ou  « Weltanschauung ». Et c’est cette prise de conscience de la finitude et de la contingence des mécanismes de connaissances qui a été, à mon avis, amorcé par Kant.

     

    L’un des premiers effets suite à la réflexivité de la raison sur ses propres capacités connaissances  du monde par la philosophie des sciences et par l’épistémologie est de comprendre que nous ne pouvons connaître que dans une perspective historique puisque, justement nous sommes nous-mêmes déjà des êtres historiques, possédant donc une conscience finie et déterminée historiquement. C’est à partir de ce genre de conclusion que Dilthey ou Gadamer ont tenté de dépasser ce relativisme cognitif, cette finitude subjective de l’humain pour en arriver à un savoir objectif. Mais ce n’est pas qu’au niveau historique que le renversement de la rationalité provoque une prise de conscience de la finitude subjective de l’humain, en effet, à plusieurs niveau la conscience humaine est confrontée à des conclusions semblables. Au niveau philosophique, on passe d’une philosophie de la conscience à une philosophie du langage, la brèche entre le langage et la réalité fut ouverte par la déconstruction des thèses représentationnalistes, car on a compris que le paradigme instrumental ou positiviste effectuait une épuration du langage pour en arriver à une objectivation de l’explication dans les sciences humaines. Le Wittgenstein avec le Tractatus et surtout avec les Investigations Philosophiques prend conscience que le langage n’est pas qu’un miroir symbolique du monde, la sémiotique avec Umberto Eco en arrive aux même conclusions. On considère le langage incarné à l’homme, constitutif de l’homme. Le langage n’est plus une définition c’est plutôt l’usage qui le détermine, le contexte dans lequel il est utilisé, car le langage est un fait social qui nous structure. On constate l’impossibilité de sortir du langage pour concevoir le monde, tout en sachant que cette symbolisation de monde est totalement contingente. Le retour sur soi réflexif de la rationalité nous permet de comprendre que notre capacité de réfléchir et de prendre conscience des éléments de notre expérience dépend directement de ces expériences, qui sont contingentes et finie.

     

    Selon moi, ces constatations historiques et philosophiques débouchent sur un relativisme cognitif inévitable, je ne parle pas ici de relativisme comme incommensurabilité qui s’associe à un relativisme culturel, mais comme plutôt comme perspectivisme, comme une critique de l’illusion de la conscience nous poussant à considérer la connaissance que l’on a du monde comme véridique et absolue. Nietzsche fût à la fois un témoin et un catalyseur de ce renversement réflexif de la raison, en effet, c’est avec Nietzsche que la notion d’interprétation tel qu’on la connaît aujourd’hui prend tout son sens, pour lui tous les énoncés qui relèvent de la raison sont susceptibles d’une interprétation, puisque leur sens véritable ou réel ne nous parvient que masqué et déformé par les idéologies. Cette prise de conscience expose à tous jamais l’illusion de la vérité, Nietzsche aurait très bien pu affirmer par-delà vrai et faux, et le début d’une pensée de l’hétérogène qui persiste encore aujourd’hui. Cet état de relativisme cognitif étendu aux démarches philosophiques, littéraires ou scientifiques est tributaire d’une prise de conscience d’ensemble de la finitude même des capacités de connaissance humaine, l’idée de certitude est délaissée simultanément avec l’idée d’une vérité-correspondance du langage au monde caractérisé par le réalisme, et cet abandon force les hommes à développer de nouvelles conceptions de la vérité qui s’accorderaient à ce perspectivisme. Il est clair que le développement de l’idéalisme n’est pas la seule cause aujourd’hui du perspectivisme ambiant. Mais ce qui clair, c’est que le sujet contemporain est confronté à une problématique où sa sécurité ontologique reste à combler car ses conceptions-illusions les plus profondes ont été déconstruites : la vérité, l’idée de progrès avec l’apparition des notions tel qu’épistémè ou paradigme. Les penseurs sont donc confrontés à repenser ces concepts suite à ce relativisme cognitif. On n’a qu’à observer Rorty et son idée de vérité-solidarité ou encore Habermas son consensualisme qui développe l’idée d’une vérité intersubjective, ou encore les tentatives herméneutiques et phénoménologiques de dépasser ce constat. Je considère que ces bouleversements du statut de la connaissance et de la vérité, provoquées par la prise de conscience de la finitude de l’appareil biologique de l’homme et de la contingence de ses processus de symbolisation, acculent toute réflexion conséquente à une conception relativiste et à un scepticisme, ce qui explique, à mon avis, cette tendance vers le développement de paradigmes pragmatiques, anti-rationalistes ou post-modernes et qui ultimement explique la tendance éthique en philosophie des sciences parce qu’elle fait subir, peut-être à tort, mais je ne crois pas, à la connaissance scientifique le même sort qu’à toute les autres formes de savoir, c’est-à-dire, une relativisation historico-culturel, cognitivo-neurobiologique et symbolique dû à une prise de conscience de la finitude et de la contingence de nos cultures, de notre époque, de nos discours dominants, de nos paradigmes, des épistémès, des langues, des catégorisation, des processus de socialisation, du bagage génétique et de nos système cognitifs et sensitifs. Cependant, les méthodes et les visées des sciences naturelles puisqu’elles sont tributaires de la révolution scientifique, période antérieure au mouvement auto-réflexif de la raison, possèdent une attitude différente face au monde[2]. Elles ne développent pas un savoir réflexif, mais bien un savoir positif du monde. La méthode expérimentale pose les perceptions subjectives comme illusoires, elle tente par un processus de distanciation de la subjectivité d’atteindre une connaissance « objective » du monde grâce à l’efficacité de la méthode mathématique et empirique. Ce qui a pour conséquence de ne pas procurer à la science, du moins en faisant abstraction des potentiels développements en neurosciences, une cadre pour se penser elle-même comme objet analytique, discursif et historique. Elle en laisse plutôt le soin à la philosophie, à l’histoire des sciences et à la sociologie des sciences.



    [1] L’humanisation de la raison de ce cher Gattinara aurait donc des précurseurs autre que l’historicité de la raison, cette dernière étant une suite logique de l’idéalisme.

    [2] L’utilisation de cette formule n’est pas gratuite, elle s’inscrit dans une attitude herméneutique du savoir et un relativisme historique des visions du monde.

    June 01

    Pinker v.s. Lloyd sur la nature computationnel de l'univers

    2 arguements de Pinker contre la conception computationnelle de l'univers physique : http://www.edge.org/3rd_culture/lloyd06/lloyd06_index.html
    May 31

    Moore's law

    In the 1960s, Gordon Moore, the ex-president of Intel, pointed out that the components of computers were halving in size every year or two, and consequently, the power of computers was doubling at the same rate. Moore's law has continued to hold to the present day. As a result these machines that we make, these human artifacts, are on the verge of becoming more powerful than human beings themselves in terms of raw information processing power. If you count the elementary computational events that occur in the brain or in the computer – bits flipping, synapses firing – the computer is likely to overtake the brain in terms of bits flipped per second in the next couple of decades.

    Semantique et legacy effects

    "Once DNA has won out, variants of DNA are very unlikely to appear. Once Windows has appeared, it's stuck around, and so forth. Perhaps what happens is that the legacy effect, which is because of the non-linearity of the tremendous expense of reversing certain kinds of systems. Legacies that are created are like lenses that amplify certain bits to be more important. This suggests that legacies are similar to semantics on some fundamental level. And it suggests that the legacy effect might have something to do with the syntax/semantics distinction, to the degree that might be meaningful. And it's the first glimmer of a definition of semantics I've ever had, because I've always thought the word didn't mean a damn thing except "what we don't understand". But I'm beginning to think what it might be is the legacies that we're stuck with."

    La thèse de la réalisation matérielle d'une norme par le processus biologique d'évolution d'un système complexe tel que le cerveau pourrait ressembler à cet effet d'amplification de la pertinence provoqué par les "legacies". Le sens des perceptions pourraient nous être donné par un processus de sélection amplifiant progressivement mais irréversiblement la pertinence de certains stimulus. Les normes de la logique sont inscrites si profondément dans notre réseau de croyances que nous ne pouvons penser ni parler autrement. Ces normes nous sont légués, d'où leur position fondamentale pour la pensée humaine, mais elle ne sont pas nécessaire, ni a priori. Elles auraient émergées suite à l'interraction avec notre environnement.

    Hive Mind and control feed back

    The beauty of the Internet is that it connects people. The value is in the other people. If we start to believe that the Internet itself is an entity that has something to say, we're devaluing those people and making ourselves into idiots.

    (..)

    The question of new business models for content creators on the Internet is a profound and difficult topic in itself, but it must at least be pointed out that writing professionally and well takes time and that most authors need to be paid to take that time. In this regard, blogging is not writing. For example, it's easy to be loved as a blogger. All you have to do is play to the crowd. Or you can flame the crowd to get attention. Nothing is wrong with either of those activities. What I think of as real writing, however, writing meant to last, is something else. It involves articulating a perspective that is not just reactive to yesterday's moves in a conversation.

    (...)

    It's not hard to see why the fallacy of collectivism has become so popular in big organizations: If the principle is correct, then individuals should not be required to take on risks or responsibilities. We live in times of tremendous uncertainties coupled with infinite liability phobia, and we must function within institutions that are loyal to no executive, much less to any lower level member. Every individual who is afraid to say the wrong thing within his or her organization is safer when hiding behind a wiki or some other Meta aggregation ritual.

    I've participated in a number of elite, well-paid wikis and Meta-surveys lately and have had a chance to observe the results. I have even been part of a wiki about wikis. What I've seen is a loss of insight and subtlety, a disregard for the nuances of considered opinions, and an increased tendency to enshrine the official or normative beliefs of an organization. Why isn't everyone screaming about the recent epidemic of inappropriate uses of the collective? It seems to me the reason is that bad old ideas look confusingly fresh when they are packaged as technology.

    (...)

    The collective isn't always stupid. In some special cases the collective can be brilliant. For instance, there's a demonstrative ritual often presented to incoming students at business schools. In one version of the ritual, a large jar of jellybeans is placed in the front of a classroom. Each student guesses how many beans there are. While the guesses vary widely, the average is usually accurate to an uncanny degree.

    This is an example of the special kind of intelligence offered by a collective. It is that peculiar trait that has been celebrated as the "Wisdom of Crowds," though I think the word "wisdom" is misleading. It is part of what makes Adam Smith's Invisible Hand clever, and is connected to the reasons Google's page rank algorithms work. It was long ago adapted to futurism, where it was known as the Delphi technique. The phenomenon is real, and immensely useful.

    But it is not infinitely useful. The collective can be stupid, too. Witness tulip crazes and stock bubbles. Hysteria over fictitious satanic cult child abductions. Y2K mania.

    The reason the collective can be valuable is precisely that its peaks of intelligence and stupidity are not the same as the ones usually displayed by individuals. Both kinds of intelligence are essential.

    What makes a market work, for instance, is the marriage of collective and individual intelligence. A marketplace can't exist only on the basis of having prices determined by competition. It also needs entrepreneurs to come up with the products that are competing in the first place.

    In other words, clever individuals, the heroes of the marketplace, ask the questions which are answered by collective behavior. They put the jellybeans in the jar.

    (...)

    The collective is good at solving problems which demand results that can be evaluated by uncontroversial performance parameters, but it is bad when taste and judgment matter.

    (...)

    Here is a quick pass at where I think the boundary between effective collective thought and nonsense lies: The collective is more likely to be smart when it isn't defining its own questions, when the goodness of an answer can be evaluated by a simple result (such as a single numeric value,) and when the information system which informs the collective is filtered by a quality control mechanism that relies on individuals to a high degree. Under those circumstances, a collective can be smarter than a person. Break any one of those conditions and the collective becomes unreliable or worse.

    Meanwhile, an individual best achieves optimal stupidity on those rare occasions when one is both given substantial powers and insulated from the results of his or her actions.

    If the above criteria have any merit, then there is an unfortunate convergence. The setup for the most stupid collective is also the setup for the most stupid individuals.

    (...)

    Every authentic example of collective intelligence that I am aware of also shows how that collective was guided or inspired by well-meaning individuals. These people focused the collective and in some cases also corrected for some of the common hive mind failure modes. The balancing of influence between people and collectives is the heart of the design of democracies, scientific communities, and many other long-standing projects. There's a lot of experience out there to work with. A few of these old ideas provide interesting new ways to approach the question of how to best use the hive mind.

    The pre-Internet world provides some great examples of how personality-based quality control can improve collective intelligence. For instance, an independent press provides tasty news about politicians by reporters with strong voices and reputations, like the Watergate reporting of Woodward and Bernstein. Other writers provide product reviews, such as Walt Mossberg in The Wall Street Journal and  David Pogue in The New York Times. Such journalists inform the collective's determination of election results and pricing. Without an independent press, composed of heroic voices, the collective becomes stupid and unreliable, as has been demonstrated in many historical instances. (Recent events in America have reflected the weakening of the press, in my opinion.)

    Scientific communities likewise achieve quality through a cooperative process that includes checks and balances, and ultimately rests on a foundation of goodwill and "blind" elitism — blind in the sense that ideally anyone can gain entry, but only on the basis of a meritocracy. The tenure system and many other aspects of the academy are designed to support the idea that individual scholars matter, not just the process or the collective.

    Another example: Entrepreneurs aren't the only "heroes" of a marketplace. The role of a central bank in an economy is not the same as that of a communist party official in a centrally planned economy. Even though setting an interest rate sounds like the answering of a question, it is really more like the asking of a question. The Fed asks the market to answer the question of how to best optimize for lowering inflation, for instance. While that might not be the question everyone would want to have asked, it is at least coherent.

    Yes, there have been plenty of scandals in government, the academy and in the press. No mechanism is perfect, but still here we are, having benefited from all of these institutions. There certainly have been plenty of bad reporters, self-deluded academic scientists, incompetent bureaucrats, and so on. Can the hive mind help keep them in check? The answer provided by experiments in the pre-Internet world is "yes," but only provided some signal processing is placed in the loop.

    (...)

    The hive mind should be thought of as a tool. Empowering the collective does not empower individuals — just the reverse is true. There can be useful feedback loops set up between individuals and the hive mind, but the hive mind is too chaotic to be fed back into it.

    Jaron Lanier - http://www.edge.org/3rd_culture/lanier06/lanier06_index.html

    May 26

    On Francisco Varela and Autopoeisis

    "The next area of significant work involves applying the logic of the emergent properties of circular structures to look at the nervous system. The consequence is a radical change in the received view of the brain. The nervous system is not an information-processing system, because, by definition, information-processing systems need clear inputs. The nervous system has internal, or operational, closure. The key question is how, on the basis of its ongoing internal dynamics, the brain configures or constitutes relevance from otherwise nonmeaningful interactions. You can see why I'm not really interested in the classical artificial-intelligence and information-processing metaphors of brain studies. The brain can't be understood as a computer, in any interesting sense, and I part company with the people who think that the brain does rely on symbolic representation.

    The same intuitions cut across other biological fields. Deconstruct the notion that the brain is processing information and making a representation of the world. Deconstruct the militaristic notion that the immune system is about defense and looking out for invaders. Deconstruct the notion that evolution is about optimizing fitness to live in the conditions present in some kind of niche. I haven't been directly active in this last line of research, but it's of great importance for my argument. Deconstructing adaptation means deconstructing neo-Darwinism. Steve Gould, Stuart Kauffman, and Dick Lewontin, each in his own way, have spelled out this new evolutionary view. Lewontin, in particular, has much appreciated the fact that my work on the nervous system mirrors his work with evolution.

    (...)

    This is what fascinates me about that tradition. Dan Dennett, incidentally, has come to the same conclusion in his own way. But while Dan focuses on the cognitive level, my own approach is to think about several biological levels, as I have mentioned, perhaps because I'm influenced by the broad idea of nonrepresentationalist knowledge. In my reality, knowledge coevolves with the knower and not as an outside, objective representation.

    I see the mind as an emergent property, and the very important and interesting consequence of this emergent property is our own sense of self. My sense of self exists because it gives me an interface with the world. I'm "me" for interactions, but my "I" doesn't substantially exist, in the sense that it can't be localized anywhere. This view, of course, resonates with the notions of the other biological selves I mentioned, but there are subtle and important differences. An emergent property, which is produced by an underlying network, is a coherent condition that allows the system in which it exists to interface at that level — that is, with other selves or identities of the same kind. You can never say, "This property is here; it's in this component." In the case of autopoiesis, you can't say that life — the condition of being self-produced — is in this molecule, or in the DNA, or in the cellular membrane, or in the protein. Life is in the configuration and in the dynamical pattern, which is what embodies it as an emergent property.

    I find it fascinating to apply this same line of analysis to my own mind, in the cognitive domain. My own sense of self, "me," can be seen in the same light. I have to be relentless to hold on to my identity. These ideas help us to come to a real appreciation of what it means to have an identity — to comprehend what we think of as our own mind. My mind has the quality of "being here" so I can relate to others. For example, I interact; but when I try to grasp it, it's nowhere — it's distributed in the underlying network."

    Francisco Varela - http://www.edge.org/documents/ThirdCulture/t-Ch.12.html

    On extended mind

    Natural born cyborg
     
    "In fact, the true power and beauty of the brain's role is that it acts as a mediating factor in a variety of complex and iterated processes which continually loop between brain, body and technological environment. And it is this larger system which solves the problem. We thus confront the cognitive equivalent of Dawkins' vision of the extended phenotype. The intelligent process just is the spatially and temporally extended one which zigzags between brain, body and world. (...)
     
    The conjecture, then, is that one large jump or discontinuity in human cognitive evolution involves the distinctive way human brains repeatedly create and exploit various species of cognitive technology so as to expand and reshape the space of human reason. We, more than any other creature on the planet, deploy non-biological elements (instruments, media, notations) to complement (but not, typically, to replicate) our basic biological modes of processing, creating extended cognitive systems whose computational and problem-solving profiles are quire different from those of the naked brain. Human brains maintain an intricate cognitive dance with an ecologically novel, and immensely empowering, environment: the world of symbols, media, formalisms, texts, speech, instruments and culture. The computational circuitry of human cognition thus flows both within and beyond the head. (...)
    A proper question to press, however, is this: since no other species on the planet builds as varied, complex and open-ended designer environments as we do (the claim, after all, is that this is why we are special), what is it that allowed this process to get off the ground in our species in such a spectacular way? And isn't that, whatever it is, what really matters? Otherwise put, even if it's the designer environments that make us so intelligent, isn't it some deep biological difference that lets us build-discover-use them in the first place?
     

    This is a serious, important and largely unresolved question. Clearly, there must be some (but perhaps quite small) biological difference that lets us get our collective foot in the designer environment door — what can it be? One possible story locates the difference in a biological innovation for widespread cortical plasticity combined perhaps with the extended period of protected learning called "childhood". Thus "neural constructivists" such as Steve Quartz and Terry Sejnowski depicts neural (especially cortical) growth as experience — dependent, and as involving the actual construction of new neural circuitry (synapses, axons, dendrites) rather than just the fine-tuning of circuitry whose basic shape and form is already determined. One upshot is that the learning device itself changes as a result of organism-environmental interactions — learning does not just alter the knowledge base for a fixed computational engine, it alters the internal computational architecture itself. The linguistic and technological environments in which human brains grow and develop are thus poised to function as the anchor points around which such flexible neural resources adapt and fit.

    Perhaps, then, it is a mistake to posit a biologically fixed "human nature" with a simple "wraparound" of tools and culture. For the tools and culture are indeed as much determiners of our nature as products of it. Ours are (by nature) unusually plastic brains whose biologically proper functioning has always involved the recruitment and exploitation of non-biological props and scaffolds. More so than any other creature on the planet, we humans emerge as natural-born cyborgs, factory tweaked and primed so as to be ready to grow into extended cognitive and computational architectures: ones whose systemic boundaries far exceed those of skin and skull.

     

    All this adds interesting complexity to those evolutionary psychological accounts which emphasize our ancestral environments. For we must now take into account an exceptionally plastic evolutionary overlay which yields a constantly moving target, an extended cognitive architecture whose constancy lies mainly in its continual openness to change. Even granting that the biological innovations which got this ball rolling may have consisted only in some small tweaks to an ancestral repertoire, the upshot of this subtle alteration is a sudden, massive leap in cognitive-architectural space. For our cognitive machinery is now intrinsically geared to transformation, technology-based expansion, and a snowballing and self-perpetuating process of computational and representational growth. The machinery of contemporary human reason thus turns out to be rooted in a biologically incremental progression while simultaneously existing on the far side of a precipitous cliff in cognitive-architectural space.

    In sum, the project of understanding human thought and reason is easily and frequently misconstrued. It is misconstrued as the project of understanding what is special about the human brain. No doubt there is something special about our brains. But understanding our peculiar profiles as reasoners, thinkers and knowers of our worlds requires an even broader perspective: one that targets multiple brains and bodies operating in specially constructed environments replete with artifacts, external symbols, and all the variegated scaffoldings of science, art and culture.

    Understanding what is distinctive about human reason thus involves understanding the complementary contributions of both biology and (broadly speaking) technology, as well as the dense, reciprocal patterns of causal and co-evolutionary influence that run between them. We cannot see ourselves aright until we see ourselves as nature's very own cyborgs: cognitive hybrids who repeatedly occupy regions of design space radically different from those of our biological forbears. The hard task, of course, is now to transform all this from (mere) impressionistic sketch into a balanced scientific account of the extended mind."

     
    September 28

    Le Projet Nietzschéen

    Ma vision de l’œuvre nietzschéenne est que sa structure formelle se compose de trois « moments analytiques »[1] fonctionnellement différentiables, car procédant de visées distinctes face à la normativité occidentale. À mon avis, on retrouve : 1- une critique généalogique de la culture et des valeurs occidentales, où Nietzsche développe une critique de la normativité qu’il considère contre-nature. 2- Un projet de libération de l’esprit, composé justement du surpassement de l’état intellectuel actuel de servitude de notre culture contre-nature, ainsi qu’une 3- réabsolutisation ou revalorisation naturaliste de la normativité, conséquence ultime de cette libération de l’Esprit réalisant la transmutation des valeurs.



    [1] Ces moments ne sont aucunement biographiquement chronologiques. Ils sont en fait entremêlés simultanément dans plusieurs oeuvres, en opposition, enchâssés l’un dans l’autre.

    September 08

    Texte du reportage photographique sur la Grèce. " Semblable aileurs"

    12 euros : Néon exhibant l'Acropole sur fond d'inquiétante familiarité

    Le constat ou vaudeville iconoclastes

    Ces oxymorons symptomatiques dévoilent le théâtre inquiétant d’une uniformisation de l’ailleurs. Car, notre regard, jugé vierge d’étrangeté, après avoir lorgné vers nos origines, fut désappointé de constater ses repères préservés, sciemment reproduit par un maquillage photogénique, par la parure d’un présent restauré se télescopant au passé ridé, tragique présage d’un nationalisme culturel dénaturé par une mise en scène touristique. Nous exposons donc ces fragiles instants où d’insolites contrastes subsistent encore pour nous témoigner la tendance envahissante d’une dérive économique travestie en facétie touristique. Car, aujourd’hui, en contemplant cette grotesque mascarade dont nous sommes les acteurs, nous devons, ensemble, nous interroger : vaut-il vraiment la peine d’aller observer ces lieux merveilleux, vestiges naturels et civilisationnels s’effritant peu à peu ? Car, après tout, si nous maintenons notre masque d’indifférence de ces images fardées n’émanera que d’irréversibles relents de farce.

    La réaction ou malaise voguant d'une génération songeuse
    Il faut croire que l’idée de révolte n’est plus un exutoire pour les chavirées du monde, augures de destins échoués. Ils sont abandonnés par ce rêve, une utopie, les délaissant à la réalité.
     
    Présentement, pour la diversité l'horreur est factuelle, cessez de vous écorcher aux nostalgiques récifs d’un impossible passé, rêvez au futur, au jour où l’idéal d’unité pourra côtoyer vos spécificités sans risque de syncrétisme. Peu importe combien de temps et d’espoirs s'écouleront pendant que vous vous acharnerez à nous ressasser ces valeurs curieusement oubliées qui vous semblent à la fois belles et réelles, comme si notre réalité renchérissait inévitablement de laideur à chaque regard. Maintenant, on vous dénomme utopiste, car vous n'ouvrez plus jamais les yeux, ancré à vos chimères solitaires le temps n'a pour vous plus d'importance, vous vous affairez sans urgence à imaginer un monde tellement plus sublime, plus éternel.
     
    Échelle humaine ou ces fantômes de l'ombre
     
    Une multitude de charpentes assombries tétanisé par le poids du quotidien, par ce ressouvenir lassant d’obligation à la survie, éprouvent la dévastatrice impression d’inadéquation à leur époque. Réveil matinal sous un constant ombrage. Cet instant, où le monde extérieur à leurs couvertes leur semble si froid, où s’ensuit, sous les opaques rayons de l’appauvrissement, l’impassible prise de conscience de leur mornitude.
     
    Tiraillés entre tradition et modernité, ils doivent modifier leurs habitudes afin de pouvoir subsister. Ils renoncent en silence à la servitude de leurs ambitions. Ils titubent stoïque en marge d’une société aux valeurs déchirées. Ils s’observent déracinés par l’inexorable transformation qui leur est drastiquement imposé. En fait, leur tradition n’existent déjà plus réellement, c’est extirpé à son sens qu’on la retrouve relégué au musée ou reproduite sous forme de succédané pour écumeurs étrangers.
     
    Les bergers nomades de la Grèce ne sont plus qu’un mythe, les gitans jouant du bouzouki vivent des produits industriels et les danses folkloriques sont devenus des illusions burlesques pour touristes blasés. Mais nous qu’elle Grèce recherche-t-on ? Chaque années la Grèce accueil un nombre de touristes supérieur à sa population. Et plus nous la consommons plus nous la modifions.
     
    Brisés par le sort, ils ne leur restent plus qu’à écumer les recoins ténébreux de leurs mémoires à la recherche de souvenirs à présent scarifiés. Car cette marchandisation de la culture entraîne avec elle d’irrémédiables conséquences, mais surtout d’invisibles décombres.
     
    Échelle civilisationnelle ou angoisse et immortalité
     
    Et si… le soleil décidait de se taire et de laisser briller l’humanité
    Le ferait-il par pitié ou par envie de s’éclipser ?
    Peu importe, seul compte le fait de se poser la question.
    De l’aube au crépuscule, la question de l’immortalité.
    Continuellement, cet arbitre du temps
    N’érode que la pierre sous ses cycles ardents,
    Et non nos secrètes prières.
    En effet, aveuglé par tant de grandeur et de lumière,
    Peu d’hommes peuvent, avec raison, ne pas s’agenouiller.
    Que notre souhait s’élève alors :
    « Accordez-moi, splendeurs, force et amour,
    Il m’en faudra pour gravir le sommet de ce jour.
    Pour que tout comme hier,
    Le couchant éblouissent encore ces colosses d’antan. »
     
    Malheureusement, notre contre-plongée de ces scènes millénaires
    Annonce l’insignifiance de nos doléances
    Face à de telles immortelles éternités,
    L’une solaire l’autre de pierre.
    Devant cet astre incandescent et ces vestiges inhabités,
    Notre peur en l’avenir ne peut que se gêner,
    Car ces imperturbables beautés n’ont que faire du temps,
    Qui ne demeure pour eux qu’une tendre brise de printemps
    Venant divertir leur périple incessant.
     
    Je vous le dis : « Calmez-vous donc !»
    Il reviendra votre guide couleur d’Occident
    Illuminé vos peurs jusqu'au couchant.
     
     
    Cette rassurante lueur de demain
     
    Cette lueur d’espoir à l’horizon indique l’éveil des générations de demain, remémore le cycle perpétuel des ruptures entre les perspectives et inscrit sur nos espoirs l’image rassurante de nos réalisations futures. Car l’urgence d’un renouveau ne doit pas nous assaillir, peu s’en faut pour que l’avenir nous enchante, il suffit de ne pas s’obscurcir.